dimanche 27 novembre 2011

L'ingénue libertine

Roman paru en 1909, L'ingénue libertine est le regroupement de deux textes écrits préalablement à la demande de Willy, le premier mari de Colette, Minne et Les égarements de Minne.

L'histoire est celle de Minne, jeune Parisienne de bonne famille, vivant avec sa mère qui l'adore et l'adule à sa façon. Mais Minne, du haut de ses quinze ans, s'ennuie à mourir dans cette existence étriquée et sans attrait, où tout se déroule sans accroc et avec une langueur lancinante. Alors en cachette Minne lit dans les journaux les aventures du Frisé et de sa bande de voyous et rêve de la destinée de la belle Casque de cuivre. Au fur et à mesure des jours, l'imagination de la jeune fille s'emballe de plus en plus et, mélangeant songe et réalité, Minne rêve d'aventure et de destinée glorieuse. Jusqu'à passer à l'action.

Les années ont passé et Minne, devenue femme, a épousé son cousin Antoine. Mais la jeune femme se morfond toujours dans son nouveau rôle d'autant plus que ses songes d'enfant n'ont pas disparu. C'est l'Amour désormais qu'elle cherche désespérément dans les bras de ses amants successifs. Minne, dans ses égarements, finira t'elle par le trouver enfin?

C'est une histoire somme toute banale que L'ingénue libertine et n'y aurait-il pas l'écriture inimitable de Colette que ce roman aurait déjà disparu dans les limbes de la littérature... Ce n'est pas le meilleur roman de Colette (loin de là) mais malgré tout, le lecteur connaisseur de l'oeuvre de ce grand écrivain reconnait à coup sur ce style particulier entre tous et, qui, ici, fait tout le charme du roman. Il faut bien l'avouer, la trame du récit est assez creuse et les personnages peu intéressants voire exaspérants par instant (l’héroïne en premier). D'ailleurs Colette elle même s'excuse de ce récit de jeunesse dans la préface du livre, c'est pour dire...

En bref, un récit où le style de Colette est certes déjà présent mais qui ne suffit pas à sauver l'histoire en général. Autant dire que de ce grand écrivain, j'ai lu bien mieux et de loin.

Ma note : 3/5
(Le livre de poche, 251 pages)

2/4

dimanche 13 novembre 2011

Anna et le roi

En 1862, Anna Leonowens, jeune veuve anglaise, arrive à Bangkok avec son fils Louis afin d'entrer au service en tant que gouvernante à la cour du roi de Siam. Bien qu'ayant vécue depuis son enfance d'abord en Inde puis à Singapour, l'adaptation dans ce nouveau monde va s'avérer plus difficile que prévue. C'est en effet tout un univers vivant en vase clos dans un palais immense qu'Anna va découvrir dès son arrivée, avec ses us et coutumes particuliers et où tout tourne autour de la vie du roi, personnage omniprésent et intouchable. Et c'est avec courage et détermination qu'Anna fera tout pour conserver sa liberté et celle de ceux qu'elle aime tandis que d'innombrables embûches et dangers ne manqueront pas de se dresser face à elle durant les cinq années que vont durer sa vie au Siam.

Margaret Landon, missionnaire américaine, apprend par hasard pendant son séjour en Thaïlande la vie de cette femme extraordinaire qu'Anna Leonowens. Après avoir redécouvert ses carnets de voyage, elle décida de retranscrire mais en roman, les années que passa Anna à la cour du roi de Siam. Engagée pour servir de perceptrice à la ribambelle d'enfants du roi, Anna est aussi chargée d'enseigner l'anglais mais également les coutumes occidentales aux femmes du harem qui en avaient le désir. C'est ainsi qu'Anna a le privilège rare à l'époque d'approcher tous ceux qui vivaient dans l'immense palais qui abritait la cour du roi. Anna, très vite, se prend notamment de sympathie pour les femmes du harem, toutes plus prisonnières les unes que les autres dans cette immense cage dorée. C'est ainsi qu'Anna va très vite s'intéresser aux sorts des Siamois, qu'il s'agisse de la plus noble des princesses à l'esclave la plus démunie, n'hésitant pas à se mettre elle même en danger, devenant par la même occasion, profondément aimée de tout le peuple.

Margaret Landon nous brosse ainsi le portrait d'une femme énergique et étonnante, ne faiblissant jamais dans ses actes ni dans ses pensées. C'est avec courage qu'elle supporte maintes et maintes fois les colères d'un roi au caractère plus que changeant et aux caprices parfois dignes d'un enfant. Mais c'est aussi le témoignage et la description d'un peuple et d'un pays aux mille facettes qu'Anna apprend à connaitre et à aimer profondément. Nous allons ainsi au plus profond des cérémonies royales mais découvrons aussi la vie courante de tout un chacun à cette époque.

Et c'est avec déchirement qu'Anna se voit contrainte de quitter finalement le Siam au bout de cinq années certes difficiles mais aussi riches d'enseignement. Anna ne retournera jamais au Siam, mais obtiendra néanmoins satisfaction en voyant que le nouveau roi du Siam à qui elle avait notamment enseigné, mettra en action nombre de ses préceptes, notamment la fin de l'esclavage. Quant à nous, c'est avec des images brillantes et aux mille couleurs dans la tête que nous refermons ce livre d'une authenticité particulièrement rare.

A noter que ce roman a été adapté deux fois au cinéma, la première en 1956 avec Deborah Kerr et Yul Brenner, la seconde en 1999 avec Jodie Foster et Yun-Fat Chow.

Ma note : 4,5/5
(Archipoche, 500 pages)


mercredi 9 novembre 2011

Confessions d'une accro du shopping

Jeune londonienne, Rebecca est à priori une jeune fille banale, dont son job de journaliste financière dans un magazine minable l'ennuie. Mais Becky a un péché mignon qui lui remonte le moral : elle adore faire les magasins et ne peut s’empêcher de dépenser son argent en foule de choses toutes plus inutiles les unes que les autres. Mais le jour où son banquier, lassé de ses découverts en cascade, décide de lui couper les fonds, Becky sent bien qu'il est temps pour elle de changer de comportement et d'adopter une nouvelle façon de vivre. Déterminée, Backy se lance alors dans sa nouvelle vie tout en hésitant sur la marche à suivre : faut-il dépenser moins ou gagner plus?

Dans la même veine que les autres récits, Confessions d'une accro du shopping est une véritable lecture détente. Evidemment, le roman est bourrée de bons sentiments, Becky est une héroïne particulièrement attachante et la morale de l'histoire ne diffère guère de d'habitude (en bref, l'argent ne fait pas le bonheur). Mais à vrai dire, peu importe puisque le principal n'est-il pas que l'on passe un bon moment en lisant cette histoire? Et c'est assurément le cas puisque les pages défilent toutes seules et c'est presque avec stupeur que l'on arrive au bout de l'histoire en seulement quelques heures.

Alors, même si on peut critiquer ce "sous" genre qu'est la chick lit, autant l'avouer : comme cela fait du bien parfois d'en lire!

Ma note : 3,5/5
(Pocket, 366 pages)

3/3
Ce qui achève donc ma participation au challenge!

mardi 8 novembre 2011

Le juge et son bourreau

Ulrich Schmied, lieutenant de police à Berne, est retrouvé assassiné sur le bord d'une route de campagne dans sa voiture. Chose étrange, Schmied, en service ce jour-là, n'avait rien à faire près d'un bourg helvétique, en smoking de surcroît! Que faisait-il ici et pourquoi a t-il été assassiné?

C'est un Berlach vieux et fatigué, et à qui son ami médecin ne lui pronostique qu'un an de sursit avant sa fin, qui est chargé de l’enquête. Secondé de Tschanz, jeune loup aux dents longues et plein de zèle, Berlach se lance dans une recherche minutieuse des circonstances exactes de ce drame qui vont l’amener à rencontrer le riche et célèbre Gastmann, chez qui, le soir du meurtre, Schmied se rendait justement.

Evidemment, il y a l’enquête policière avec ses rebondissements, son aura de mystère et encore plus, son dénouement final inattendu. Mais en réalité, Le juge et son bourreau ne saurait se résumer à cela seulement. Car Durrenmatt nous entraîne dans une sarabande où la mort est en vérité l'héroïne principale du roman. Berlach, malade, et qui se sait fini, n'en continue pas moins d'aimer la vie et ses plaisirs. Plus que tout, il se débat face à elle et tente de la vaincre. Comme il tente de vaincre Gastmann, sorti d'on ne sait et qu'il avait déjà rencontré il y a bien des années de cela à Istanbul et avec qui un étrange marché avait été conclu...

Véritable fable sur le bien et le mal, Durrenmatt nous amène à réfléchir sur la mort, ses causes et ses conséquences et sur la part de juge et de bourreau que chacun d'entre nous avons en réalité au fond de nous. Un récit étonnant, servi par une écriture maîtrisée et qui nous entraîne dans une Suisse inquiétante et insoupçonnée. Une découverte particulièrement intéressante d'un auteur inconnu pour ma part jusqu'à présent.

Ma note : 3,5/5
(Le livre de poche, 124 pages)

1/1

dimanche 6 novembre 2011

La Reine Margot

Royaume de France, 1572. Charles IX marie sa soeur, Marguerite de Valois, dite Margot, à Henri de Bourbon, roi de Navarre. Ce mariage, essentiellement politique, vise à réconcilier Catholiques et Protestants qui se font la guerre depuis tant d'années. Pour l'évènement, de nombreux dignitaires de la religion réformée ont fait le déplacement au Louvre où les festivités vont bon train en cette belle journée d'août. Mais dans l'ombre, Catherine de Médicis veille et pour elle l'occasion est trop belle : il faut éliminer tous ces Protestants une bonne fois pour toute...

Roman dense, roman passionnant, roman époustouflant : La reine Margot, c'est tout cela et bien plus encore. Car plus qu'une page d'histoire, Alexandre Dumas nous restitue une époque, celle de Paris et surtout celle du palais royal du Louvre du XVIIème siècle avec ses intrigues, ses complots et autres machinations qui se trament à chaque coin de couloir. Sauvé de justesse par sa femme Margot qui lui a juré une fidélité politique sans faille, Henri de Bourbon est forcé d'abjurer la foi protestante et est gardé prisonnier dans un Louvre étouffant et menaçant. Cependant, le roi de Navarre conserve malgré tout l'amitié et le soutien du roi de France à la grande fureur de Catherine de Médicis, épouvantée à l'idée qu'un jour cet homme puisse être roi de France à la place de ses fils. L'oracle de René de Florentin - qui ne se trompe jamais - ne l'a t-il pas prédit?

Et pendant ce temps, le massacre de la Saint Barthelemy fait des milliers de morts à Paris et en Province. Les Protestants qui restent sont pourchassés et doivent se terrer pour sauver leur vie. Les deux frères du roi, eux, rêvent de devenir monarques à leur tour. Meurtres, complots, dénonciations vont bon train tandis que Catherine de Médicis, machiavélique, tire les ficelles de tout ce petit monde.

Evidemment, Dumas a pris de grandes libertés avec l'Histoire en mélangeant les dates exactes de rencontres des personnages - qui, pour la plupart, ont bien tous existé. Mais qu'importe, puisque le lecteur, subjugué, ne peut que suivre les tribulations de tous ces personnages qui se croisent, s'entrecroisent et se perdent de vue pour mieux se retrouver par la suite. Ce sont aussi des pages magnifiques sur l'amitié, à l'instar de celui indéfectible entre La Môle et Coconnas ou sur la loyauté, l'honneur ou le sens du devoir. Et puis, évidemment, il y a ces portraits de femmes comme celui, évidemment de Catherine de Médicis, et encore plus celui de Margot, femme amoureuse, femme déterminée, femme aussi pleine d'ambitions.

Roman sanglant (Dumas ne nous épargne pas les descriptions de massacres!), La reine Margot est aussi et surtout un roman volupteux notamment grâce à la figure de Margot, femme à la beauté sans pareille et aux multiples amants. Un récit épique et dynamique comme on n'en fait peu de nos jours. Du grand art!

Ma note : 5/5
(Le livre de poche, 655 pages)

2/3

et

Edition 2012

jeudi 25 août 2011

La rentrée des challenges

Les vacances sont bel et bien finies, la rentrée est là, il est donc temps de faire un rapide tour des challenges en cours et à venir :

  • Tout a une fin...

Et oui, ce beau défi littéraire qu'est le Grand Prix des Lectrices de Elle s'est achevé ce printemps. Une excellente expérience, qui m'a notamment permis de faire de nombreuses découvertes littéraires, notamment en ce qui concerne les Essais. Je retenterai bien dans le futur et en tout cas, je le conseille à tous!



Antigone l'a annoncé fin août et c'est avec tristesse que j'ai appris qu'il n'y aura pas de 3ème édition du challenge Objectif PAL.
Un défi original, permettant de dépoussiérer sa bibliothèque et d'y dénicher des pépites oubliées.
Et surtout, il m'aura permis de découvrir le blog d'Antigone!


  • Nouve
    aux défis, vous avez dit nouveaux défis???

Quand je pense que j'avais oublié le challenge initié par Zarline!!! Honte à moi!
Mais qui est donc ce Dürrenmatt dont il est ici question? A vrai dire, je n'en sais trop rien et c'est bine pour cela que je me suis inscrite à ce défi qui consiste à lire au moins une oeuvre de cet écrivain suisse de langue allemande.
Autant dire que ce sera de toute manière une découverte, qui, je l'espère, va s'avérer fructueuse... A suivre!




Vive les femmes!
Opaline met la littérature féminine en avant avec ce challenge qui consiste à lire 4 livres/romans écrits par des femmes de toutes époques.
J'en ai déjà lu un, en reste 3 à lire d'ici la prochaine journée de la femme le 7 mars 2012!

  • Mais il y a toujours...

Après quelques cafouillages de départ, c'est finalement Lynnae qui reprend le challenge Histoire initié l'année dernière par Jelydragon. J'avais beaucoup aimé ce challenge et c'est donc avec enthousiasme que je rempile pour une année supplémentaire. C'est que ma PAL possède encore de nombreux récits entrant dans cette catégorie!


Challenge morbide que ce challenge nécrophile??? Mais pas du tout et d'ailleurs je vous invite à aller voir sur le blog de Fashion toutes les modalités de ce challenge assurément pas comme les autres!
Deux romans sur quatre de lus; je cherche encore désespérément un auteur mort de façon originale... Des idées des fois?






Voici un défi, qui, comme son nom l'indique, consiste à lire des récits de ce genre particulier qu'est la chick-lit.
Déjà 2 romans de lus et de critiqués; le troisième devrait arriver sous peu... Bref un défi réussi haut la main et que j'adore sans fausse honte!




Enfin, je ne pouvais finir ce tour d'horizon des challenges sans parler du challenge Alexandre Dumas lancé en début d'année par Ankya. Celui-ci m'aura permis de redécouvrir avec ravissement cet auteur que j'avais beaucoup lu pendant mon enfance et mon adolescence. Si j'ai été surprise avec Anthony, j'ai été enthousiasmée par La Reine Margot!
Dernier roman de prévu pour ma part : Le collier de la Reine, j'ai hâte!

Et vous, quels sont vos défis en cette rentrée littéraire?

jeudi 18 août 2011

Sleepy Hollow

Vous avez été subjugué, enthousiasmé, admiratif devant l'adaptation cinématographique que Tim Burton tira de la nouvelle de Washington Irving? Vous pensiez avec cette courte histoire retrouver l'atmosphère ténébreuse, mystérieuse voire un brin morbide du film? Que nenni, vous seriez déçu (comme moi) car il y a peu de choses en commun entre le livre et le film en réalité!

Autant dire qu'à y réfléchir, il est assez étonnant de se dire que Tim Burton ait pu imaginer une telle mise en scène d'une nouvelle d'à peine 76 pages... Comme je l'ai dit plus haut, les caractéristiques en commun sont assez minces voire inexistantes à part les noms des personnages principaux, à l'instar du héros, Ichabod Crane, venu en tant qu'instituteur dans la vallée du Val Dormant (Sleepy Hollow en anglais). Ichabod n'est pas à proprement parler un être des plus sympathiques; orgueilleux, fier, et vénal de surcroît, cet instituteur opportuniste a des visées beaucoup plus lointaines que sa carrière étriquée dans l'enseignement. Car Ichabod a, depuis son arrivée, décidé qu'il épouserait Katrina Van Tessel, la plus belle fille du contrée, et surtout, la plus riche...

Evidemment, rien ne se passera comme prévu, et c'est là qu'intervient la célébrissime légende du cavalier sans tête, immortalisée au cinéma par l'affreux Christopher Walker. C'est qu'en plus de tous les défauts déjà énoncés auparavant, Ichabod n'est qu'un vil pleutre et qu'il suffira d'une plaisanterie, certes plus que douteuse, pour que notre héros prenne ses cliques et ses claques en catimini...

Même si la nouvelle de Washington Irving n'est absolument pas mauvaise (loin de là en réalité), j'ai été très déstabilisée de voir qu'à part les noms des personnages ou les lieux, rien mais alors absolument rien n'avait de rapport avec le film de Tim Burton (que j'adule!). Alors, oui, forcément, mon ressenti n'en a été que altéré et c'est avec de l'ennui, oui vraiment, que j'ai lu cette histoire. Peut-être en aurait-il été autrement si je n'avais pas vu en amont le film?

Ma note : 2/5
(Editions Mille et une nuit, 76 pages)

lundi 8 août 2011

Un bûcher sous la neige


Dans l'Ecosse enneigée du XVIIIème siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie, attend au fin fond d'un cachot à Inverrary qu'on l'emmène au bûcher qui doit la brûler vive. Son seul crime? Etre le témoin gênant du massacre du clan des MacDonald à Glencoe par les partisans du roi Guillaume III d'Orange. Le révérant Leslie, venu incognito d'Irlande à Inverrary pour collecter des informations sur ce terrible évènement, décide d'aller interroger Corrag dans sa cellule. Celle-ci accepte de lui relater le massacre mais exige tout d'abord de lui raconter les méandres de son existence afin de prouver son innocence.

Voici assurément un voire le coup de coeur littéraire de cette année en ce qui me concerne! Dans ce roman envoûtant, l'écrivain Susan Fletcher nous emmène dans les plaines sauvages et féeriques de l'Ecosse de 1692 où, à la suite de ce personnage saisissant qu'est Corrag, nous chevauchons avec elle les plaines anglaises jusqu'aux collines et montagnes désolées et rugueuses de l'Ecosse. Comment ne pas être fasciné par ce personnage fort et puissant qu'est Corrag, par son courage, sa force et son abnégation au service de ses semblables, eux, qui, cependant, ne l'ont pas toujours très bien traitée?

Le révérand Leslie lui-même se laissera convaincre par ce petit bout de femme, lui, qui pourtant, en homme d'Eglise, ne pouvait qu'approuver le terrible chatiment auquel elle était réservée. Et pourtant, au fil des heures et des jours, tandis que sorti des lèvres de Corrag, son histoire prend vie aux yeux d'un révérend transporté par ses paroles, celui-ci se révèle peu à peu ému puis convaincu par le récit de cette fille étrange et particulièrement courageuse. Fine observatrice de la nature qui l'entoure, Corrag sait trouver les mots justes et relate comme personne la beauté d'un coucher de soleil, les couleurs changeantes de la lande écossaisse, le souffle chaud et puissant d'une jument l'emmenant elle et sa jeunesse loin de la folie des hommes qui ont déja assassiné sa mère et sa grand-mère accusées avant elle de sorcellerie de par leurs différences. Rarement de si belles phrases auront décrit aussi bien l'amour de la nature, des êtres et des plantes qui la composent, de la vie et de l'existence en général. Car malgré tous les malheurs qul l'assailleront, Corrag conservera toujours au fond d'elle une magnifique lueur d'espoir, de celle qu'on nomme l'amour...

La vie de Corrag est faite de fuite, d'errance et de solitude. Du fin fond d'un village anglais où elle assiste impuissante à la mort de sa mère, aux forets sombres et dangereuses de l'Angleterre alors en proie aux brigands et aux guerres civiles, Corrag trouvera un certain repos dans les terres hostiles et sauvages des Highlands où, à sa grande surprise, elle sera acceptée et même appréciée par ces habitants. Et c'est au sein du clan des MacDonald qu'elle trouvera enfin une place, là où elle sera enfin acceptée telle qu'elle est. Jusqu'à ce que l'Histoire et ses malheurs la rattrape, elle et ces gens, lors d'une froide nuit d'hiver...

En somme, Un bûcher sous la neige est un roman habité par la nature, relaté par la douce voix ensorcelante d'une jeune femme courageuse mais aussi trop libre pour l'Epoque dans laquelle elle évolue. Ceci, son auditeur et confident, le Révérand Leslie, le comprendra très vite ainsi que son innocence menacée par la folie et l'ignorance des hommes de toutes parts. Un superbe roman, de ceux que l'on n'oublie pas une fois achevé. Et qui donne bien envie d'aller à notre tour en Ecosse, à la découverte de ses lochs et montagnes sauvages et immaculés.

Ma note : 5/5
(Plon, 400 pages)

Un grand merci à Doriane qui m'aura permis de découvrir cette pure merveille!


et

1/4

L'adieu au Connemara

1846-1847. La Grande Famine frappe l'Irlande et fera près de un million de morts et entraînera l'émigration d'un million de ses habitants. De ce terrible fait historique, l'écrivain breton Hervé Jaouen tire un roman intense et douloureux, nous relatant le périlleux voyage de Joséphine et William vers le nouveau monde, périple fait de multiples embûches et drames, des campagnes dévastées du comté de Berry, aux rivages inaccessibles du Quebec.

A dix huit ans, Joséphine Maloney est l'unique survivante d'une famille décimée par la famine. Elle rencontre par hasard dans un hospice William Benson, jeune Lord anglais désirant se rendre avec les émigrants irlandais au Canada afin de témoigner des conditions innommables dans lesquelles ces derniers tentent de survivre. Le terme "innommable" n'est d'ailleurs pas assez fort pour découvrir la misère aussi bien physique, matérielle et spirituelle des métayers irlandais de l'Epoque. Avec forces détails, s'appuyant sur des véracités historiques précises et stupéfiantes, Hervé Jaouen nous relate ainsi les conditions effroyables de cette famine qui aurait pu être évitée si les autorités anglaises n'avaient pas laissé faire sans intervenir de quelque façon que ce soit. Autant dire que les Landlords de l'époque ont largement profité de cette catastrophe pour se débarrasser de ces "pouilleux" irlandais en les expulsant de leurs terres, les emprisonnant, les envoyant par bateaux entiers vers l'Amérique, et pire, en les laissant crever littéralement sur place, par famille entière... C'est avec horreur que nous suivons ainsi Joséphine et William dans leur périple dangereux où, au détour des pages, les témoignages des uns, les récits horribles des autres donnent une image stupéfiante de ce que fut réellement la Grande Famine en Irlande. L'émigration des Irlandais en Amérique aurait pu marquer le début d'une rédemption enfin méritée; il n'en fut rien en réalité. Les conditions effroyables de traversée, où les hommes et les femmes sont traités pire que du bétail, le mépris et l'horreur ressentis à leurs arrivés, les maladies mortelles pour la plupart ne sont que quelques uns des malheurs que tous devront subir lors de ces traversées pleines de danger. Bien peu en vérité arriveront sur le sol tant recherché...

L'adieu au Connemara est un récit poignant, d'une rare précision, où peu de choses sont cachés au lecteur. On ressort de ce livre ébranlé d'horreur, de commisération mais malgré tout aussi d'espoir, à l'instar de la petite Joséphine, faible lueur de bonheur dans tout ce malheur. Un témoignage âpre mais implincable de la pire catastrophe qu'ait connu l'Irlande dans son histoire.

Ma note : 4/5
(Pocket, 452 pages)


D'autres récits d'Hervé Jaouen? Allez voir le spécialiste en la matière, Yvon!

mercredi 29 juin 2011

J'ai épousé une ombre

A dix-sept ans, Helen est abandonnée par l'homme qui l'a faite enceinte. Fuyant alors New York en train, elle fait la connaissance d'un jeune couple, les Hazzard, dont la femme Patricia attend elle aussi un enfant. Les deux jeunes femmes sympathisent rapidement et, lors d'une discussion entre elles, Patricia confie à Helen son alliance. Brusquement, le train déraille et lorsqu'Helen se réveille à l'hopital, elle comprend rapidement qu'on la prend, du fait de l'alliance qu'elle porte, pour Patricia Hazzard, morte avec son époux dans l'accident...

Un grand roman noir par l'un des plus grands maîtres du genre : J'ai épousé une ombre est un récit au suspense haletant, avec une héroïne attachante et d'une vulnérabilité extrême. Seule au monde, abandonnée de tous, Helen, par le biais d'une méprise, se retrouve propulsée au sein de la famille Hazzard, une des plus riches de Caulfield. Mais plus que la fortune, c'est l'amour d'un foyer et d'une famille, choses qu'elle n'a jamais connus, qui émerveillent Helen devenue alors Patricia. Le bonheur s'avère à portée de main pour la jeune femme qui oublie peu à peu son passé. Mais peut-on réellement échapper à celui-ci? Prendre la place d'une autre n'est-il pas synonyme de risque? Et lorsqu'Helen tombe amoureuse, l'équilibre précaire qu'elle a réussi à construire ne menace t'il pas de s'écrouler?

Un excellent roman policier avec une seconde partie absolument haletante. Willima Irish arrive à faire grimper lentement la tension entre les différents personnages. Car malgré sa prudence, Helen, ou plutôt Patricia, fait quelques erreurs au sein de sa nouvelle famille et prend peur de leur révéler son imposture. Mais l'horreur arrive réellement lorsque les premières lettres anonymes arrivent, menaçant la jeune femme et son bonheur fragile. Qui et pourquoi?

Publié en 1948, J'ai épousé une ombre fait parti de ces romans intemporelles dans son intrigue et sa construction. L'originalité du récit réside dans le fait qu'Irish se place au niveau de Patricia, qui raconte elle-même la lente progression de sa peur et de ses tourments. Le lecteur se retrouve ainsi propulsé dans les pensées oppressées de Patricia, jeune femme abusée très jeune par l'existence et c'est avec une grande empathie que l'on suit son histoire jusqu'au dénouement, qui faisant écho à l'introduction, met en lumière ce dernier.

Un pur roman noir et pourtant, bien différent des autres dans l'angoisse et le suspense qu'il propage. Une réussite complète, autant dire qu'on n'est jamais déçu en lisant un roman de William Irish!

Ma note : 4/5
(Folio Policier, 256 pages)

Livre du mois de juin

lundi 27 juin 2011

Prairie

C'est une prairie perdue entre ciel et terre, dans les Rocheuses du Colorado. Rythmée par le cycle sans fin et immuable des saisons, l'existence de ceux et celles qui y ont résidé a été façonnée à jamais par ce territoire où la vie est rude et intense. Avec ce récit, le poète James Galvin cherche à rendre hommage à ces hommes et ces femmes qui, sur un siècle, se sont accrochés corps et âme à ce morceau de terre qu'ils aiment plus que tout. Prairie n'est pas un roman, non, c'est plutôt une longue description des jours et des semaines qui passent aussi bien en été qu'en hiver par les habitants successifs de cet endroit au milieu de nulle part. La neige et la solitude font partis intégrante de ce récit où se succèdent les anecdotes sur les joies et les peines des résidents de cette ferme, mais aussi les descriptions sur les rigueurs de l'hivers, les coyotes et castors qui pullulent, l'élevage avec de véritables cow boys. Prairie est un livre culte aux Etats-Unis, littéralement encensé par la critique et des écrivains comme Jim Harrison par exemple. Il est moins connu en France où, il faut bien le dire, la vie dans ces Rocheuses est à des années lumières de ce que l'on peut connaitre ici. Néanmoins, même si certaines descriptions m'ont paru longues voire inutiles (comme la manière de construire des cabanes en rondins), Prairie n'en demeure pas moins une lecture agréable et qui m'aura presque réconciliée avec ce genre particulier qu'est le Nature Writing. Ce qui est déjà beaucoup.

Ma note : 3,5/5
(Albin Michel, 290 pages)

dimanche 26 juin 2011

La dame de Jérusalem

1947. La guerre est finie depuis deux ans et pourtant l'Europe a du mal à se relever de cette dure épreuve. Pour Boro, la chute du nazisme aurait pu être synonyme pour lui de tranquillité retrouvée et de paix enfin bien méritée. Mais lorsqu'une mystérieuse jeune fille en chaussettes le convoque à Jérusalem, le reporter comprend très vite qu'une nouvelle guerre se prépare qui n'a rien à envier aux précédentes.

Depuis 1987, Dan Franck et Jean Vautrin nous baladent dans les méandres de l'Histoire dans les pas de ce reporter photographe intrépide qu'est Boro. La fin de la seconde guerre mondiale aurait pu signifier la fin des aventures de Boro car depuis le premier tome de la série, La dame de Berlin, les nazis avaient été l'ennemi numéro 1 de notre héros. La dame de Jérusalem est donc un tournant, un nouveau départ dans les péripéties de Boro.

Et quel départ tonitruant! Après nous avoir relaté la prise du pouvoir des Nazis en Allemagne, l'arrivée du Front populaire en France, la guerre d'Espagne et les horreurs de la seconde guerre mondiale, Franck & Vautrin s'attaquent désormais au conflit israélo-palestinien qui débute en 1948 lors de la création de l'état d’Israël. Juif hongrois, Boro ne peut que se sentir impliqué dans ce conflit qui va s'avérer plus complexe qu'au premier abord. De Paris à Jérusalem, en passant par Prague et New York, Boro fera de nouvelles rencontres qui bouleversera sa vie. C'est ainsi que nous suivons ces cohortes de réfugiés juifs qui, libérés des camps nazis, se voient rejetés par tous les pays européens, seuls, sans famille et démunis de tout. Leur seul espoir consiste alors à embarquer pour la Palestine, véritable eldorado alors aux mains des Anglais qui seront très rapidement dépassés par la tournure des évènements. Avec Boro, nous embarquons sur ces boat people qui traversent la Méditerranée avec péril, assistons impuissants aux attentats et autres embusquades meurtrières qui secouent cette terre du Moyen Orient, voyons les responsables israéliens tout faire pour créer un Etat israélien fort et puissant. Mais d'autres évènements tout aussi tragiques se déroulent en toile de fond comme le coup de Prague en 1948 ou le procès de Nuremberg où sont jugés les hauts dignitaires nazis.

A plus de trente ans, Boro a grandi et muri. Et même si sa fougue est toujours là, de nouvelles épreuves l'attendent auxquelles il devra faire face avec courage et détermination. Toujours aussi passionnantes, toujours autant fascinantes, les aventures de Boro prennent ici un nouveau visage qui ne peuvent que ravir le lecteur. Vivement la suite!

Ma note : 4/5
(Fayard, 388 pages)

dimanche 12 juin 2011

Samarcande - Amin Maalouf

Plus qu'une histoire, plus qu'un roman historique, Samarcande est une invitation au voyage, dans le Perse merveilleuse et onirique d'Omar Khayyam, poète et astronome de génie du milieu du XIème siècle. Le fil directeur du récit est le livre qu'écrivit Omar durant toute sa vie et où il y inscrivit ses célèbres Robbayat, ses quatrains sur la vie, le vin et les femmes. Perdu lors des invasions mongoles, ce recueil est retrouvé à la fin du XIXème siècle par Benjamin, un Américain parti alors dans une Orient en proie aux convoitises occidentales. Que reste t-il donc de la Perse d'Omar?

En suivant les traces de ce manuscrit, Amin Maalouf nous entraine donc dans cette civilisation subjugante qu'est la Perse, du XIème siècle (temps de sa magnificence) au début du XXème siècle, période pendant laquelle certains se sont élevés face à la domination étrangère et ont tenté de moderniser le royaume du Shah. Joyau du monde musulman voire du monde tout court au XIème siècle, la Perse d'alors est la civilisation la plus en avance sur son temps et cela, dans tous les domaines. Omar Khayyam en est une de ses figures de proue et dans cet empire qui s'étend de Samarcande à Bagdad, nous le suivons dans son périple où les guerres, les luttes pour le pouvoir sont légion. Mais c'est aussi une époque où de nombreuses découvertes et inventions font la gloire et la renommée persane.

Véritable cours d'histoire, Samarcande est un récit passionnant où le lecteur ne peut être que subjugué par la narration évocatrice d'Amin Maalouf, jamais ennuyeuse ou surfaite. Au coté d'Omar Khayyam, mais aussi d'Hassan Ibn Al-Sabbah, le fondateur de l'ordre Ismaélien des Assassins, de Nissan el-Molk, grand vizir du sultan Malik Shah mais aussi de Benjamin ou encore de Chirine, belle princesse musulmane, le lecteur part à la découverte d'un monde merveilleux mais aussi d'un art de vivre et d'une mentalité subtile et mélodieuse. Un livre magnifique où poésie, aventure et véracité historique se mélangent à merveille.

Ma note : 5/5
(Le livre de Poche, 376 pages)


jeudi 2 juin 2011

Le chemin des âmes - Joseph Boyden

En 1914, Xavier et Elijah, deux jeunes indiens Cree s'engagent dans l'armée canadienne afin de participer à la grande guerre qui se déroule loin de chez eux, au delà des mers, sur ce continent qu'on appelle Europe et dont ils ne savent rien. Rêvant de gloire et de bravoure, certains que la guerre ne durera pas, ils quittent alors leur existence primitive et calme de la foret et débarquent brutalement dans l'horreur des bombardements continuels et meurtriers, des tranchées boueuses et froides, du meurtre accepté et encouragé qu'on appelle bravoure. Rapidement, les talents des deux jeunes gens à s'embusquer et leurs précisions au tir les entrainent à devenir de redoutables tireurs d'élite et à passer toutes leurs journées embusquer sur ce terrain sans nom qu'est le no man's land. Mais sort-on indemne de ce bourbier qui ne veut pas dire son nom?

Des récits sur la première guerre mondiale, il y en a eu beaucoup dans la littérature et cela, de tous les points de vue, aussi bien allemand que français, anglais, américain. Et pourtant, en lisant Le chemin des âmes, le lecteur a l'impression de découvrir pour la première toute l'horreur et l'absurdité de ce conflit qui dura près de quatre ans dans les régions du nord de la France et de la Belgique. Rarement les descriptions des combats ou plutôt de ces tueries n'aura été aussi précises. Mieux, on ressent une empathie réelle avec les personnages, aussi bien principaux que secondaires, et avec eux, le froid, la boue, la peur, la souffrance sont ressentis de manière poignante et inextinguible.

Les destins de Xavier et Elijah ne peuvent que toucher et chambouler l'être que nous sommes. Tous deux, indiens Cree, n'étaient pas préparés à cela et chacun réagira de façon différente. Aveuglé par la recherche de la gloire et du pouvoir, Elijah considèrera rapidement cette guerre non plus comme un combat d'une troupe contre une autre mais plutôt comme une chasse réelle avec un gibier à pister et chasser. Témoin impuissant face à cette rage qui le consume, Xavier, lui, se raccrochera aux souvenirs de sa terre natale mais verra lui aussi son destin profondément bouleversé par les horreurs qu'il côtoie chaque jour.

Comme pour atténuer les scènes difficiles, l'auteur intercale les récits de souvenirs que Niska, la tante de Xavier, se remémore de son propre passé. Mais là aussi, c'est d'une autre souffrance dont il est question, celle de tout un peuple forcé de se plier au bon vouloir des hommes blancs venus les dépouiller de leurs biens, de leur terre, de leur histoire. Revenu meurtri de la guerre, seul, Xavier, alors entre la vie et la mort, retourne sur ses terres d'origine en canoë avec sa tante. De ce long voyage à travers les terres mais aussi les souvenirs de son enfance, Xavier fera alors le point sur son expérience de souffrance mais aussi de regrets. Que s'est il réellement passé sur le champ de bataille? Pourquoi et comment Elijah est-il mort?

Un récit dur, violent mais aussi et surtout d'un réalisme impressionnant. Rarement les descriptions de scènes de bataille auront été décrites avec une telle précision qui fait que l'on a l'impression nous aussi d'être au milieu de ces hommes qui se battent sans savoir réellement pourquoi contre des hommes qui ne leur ont rien fait. Réflexion sur l'humanité, sur les pulsions qui la composent, Le chemin des âmes est un premier roman brillant de réalisme où rien ne sera épargné au lecteur sur les horreurs et l'enfer de la guerre. Mais c'est aussi une ode poignante sur la nature et sur la rédemption des âmes. Un roman grandiose, inoubliable où l'on ne ressort absolument pas indemne. Une réussite indéniable.

Ma note : 5/5
(Albin Michel, 390 pages)


mardi 24 mai 2011

Robe de marié - Pierre Lemaitre

Sophie avait tout pour être heureuse. Un gentil mari, un boulot passionnant, un bel appartement parisien, bref, tout souriait à cette parisienne trentenaire sans aucun souci apparent. Mais voilà que peu à peu, Sophie se met à douter d'elle même. Objets égarés et retrouvés dans les endroits les plus improbables, "absences" multiples et répétées, crises d'angoisse de plus en plus violentes, Sophie commence à douter d'elle même et à craindre que la folie la guette. Alors quand tout se met à aller crescendo, que l'horreur prend le pas sur l'inquiétant, que les premiers morts apparaissent, Sophie ne fait plus que craindre le pire : elle le vit.

Robe de marié fait parti de ces thrillers efficaces au point que, pauvre lecteur que nous sommes, il est absolument impossible de lâcher ce roman une fois commencé. On tremble, on frémit auprès de cette pauvre Sophie dont le calvaire ne peut laisser indifférent quiconque. Après une première partie plus qu'angoissante où nous suivons la journée pendant laquelle l'existence de Sophie bascule de manière irrémédiable, la seconde partie nous livre un début d'élément de réponses. Début seulement car la troisième puis la quatrième partie nous entraine de nouveau dans un enchainement de circonstances toutes plus diaboliques les unes que les autres jusqu'au dénouement final inattendu.

Du suspense, de la peur, de l'inattendu : tout est là pour faire de Robe de marié un récit étonnant et palpitant. Quant au pourquoi du titre, ce n'est que dans les dernières pages que l'on comprend sa signification. Mais chut, vous ne le saurez à votre tour qu'après avoir lu cette histoire machiavélique!

Ma note : 4/5
(Le livre de poche, 313 pages)

dimanche 22 mai 2011

La solitude du docteur March - Géraldine Brooks

Le nom de March vous dit quelque chose? Meg, Jo, Beth et Amy, les quatre sœurs nées sous la plume de Louisa May Alcott font parties de vos héroïnes cultes? Alors vous aimerez le troisième roman de Géraldine Brooks, qui ose s'approprier la personnalité du docteur March pour en faire ici le personnage principal du récit.

Je dis bien "ose" car reprendre un tel personnage emblématique ne pouvait qu'être hasardeux. Finalement, Géraldine Brooks s'en sort plutôt bien et La solitude du docteur March nous dresse le portrait d'un homme, abolitionniste convaincu, et qui, à quarante ans, s'engage aux cotés des troupes de l'Union dans la terrible guerre civile qui allait déchirer les États-Unis de le moitié du XIXème siècle entre les tenants de l'esclavages et ceux qui s'y refusent.

Enrôlé comme aumônier, March est très vite révolté et abasourdi par les horreurs de la guerre qu'il voit et subit. Au hasard des combats, il échoue dans une propriété sudiste occupée où seuls subsistent le vieux propriétaire des lieux malade et une de ses servantes noires. Quelle n'est pas la surprise de March de reconnaitre en elle Grace, la belle esclave dont il était tombé amoureux bien des années auparavant! Et voilà que l'auteur nous entraine dans les souvenirs de March, notamment dans la jeunesse de ce dernier, alors colporteur ambulant dans le Sud des Etats-Unis. Confronté pour la première fois aux affres et sévices de l'esclavage, March ne deviendra réellement abolitionniste qu'en rencontrant celle qui allait devenir sa femme, la jeune Marmee Day. Mme March est alors décrite comme une jeune femme impétueuse, voire violemment anti-conformiste, bref absolument pas l'image que l'on pouvait avoir d'elle dans le roman de Louisa May Alcott. La description de ce personnage peut ainsi être presque dérangeant voire incompréhensible; pire, cela irait presque en porte-à-faux avec le caractère et le climat des Quatre filles du Dr March...

Ce désagrément mis à part, La solitude du Dr March est un récit où la véracité historique tient une grande place. L'auteur s'est ainsi beaucoup inspiré du propre père de Louisa May Alcott pour dresser le portrait de March. De même, on croise au fil des pages des personnages historiques véritables (comme Thoreau par exemple). Enfin, les scènes de batailles sont particulièrement bien décrites ainsi que les conditions plus que douteuses dans lesquelles étaient soignées les blessés et autres victimes des combats dans les hôpitaux nordistes. Autant dire qu'on ne peut que louer les efforts de l'auteur dans son souci du détail et du respect de l'Histoire.

Évidemment La solitude du Dr March n'arrive pas au même niveau que le récit de Mme Alcott, mais malgré tout, il n'en demeure pas moins un roman dont l'intrigue ne peut que tenir en haleine le lecteur.

Qui peut-on qualifier de brave ? Celui qui ne connaît pas la peur ? S’il en est ainsi, la bravoure n’est que le terme poli pour désigner un esprit dénué de rationalité et d’imagination. Le brave, le vrai héros, tremble de peur, transpire, sent ses entrailles le trahir et, malgré cela, avance pour accomplir l’acte qu’il redoute.

Ma note : 3,5/5
(Belfond, 348 pages)

mardi 10 mai 2011

Noces bourgeoises - Roger Béteille

A peine sortie de l'adolescence, Pauline Labarthe épouse son beau-frère veuf suivant en cela la volonté inflexible de son père, le riche homme d'affaire Henri Labarthe qui a fait fortune dans le négoce de tissus. Malheureusement, peu de choses rapprochent Pauline et son mari Charles qui fait presque le double de son âge à part les enfants qu'il avait eus avec Agathe, la sœur ainée de Pauline. Malgré tout, de ce mariage resté vierge, va éclore entre ces deux êtres une tendresse et une grande confiance, accrue par la tenue quotidienne du magasin L'incomparable, fierté des Labarthe à Espalion. La crise des années trente et plus encore la guerre ne vont-elles pas faire vaciller ce fragile équilibre?

D'une plume douce et avec une simplicité étonnante, Roger Béteille nous reconstitue le quotidien fascinant d'une petite ville des abords de Rodez de l'entre deux guerre et plus encore, d'une famille bourgeoise pour qui la seule chose qui compte est la cohésion familiale, coûte que coûte. Rien ne pourra faire fléchir Henri Labarthe qui est prêt à tout pour sauvegarder la dynastie et les affaires de la communauté. Même si cela doit passer par un mariage de raison entre sa fille Pauline et son gendre veuf.

Personnage effacée pendant presque les deux tiers du roman, Pauline ne se marie ni par amour ni de force. Car c'est réellement de la tendresse et de la compassion qu'elle éprouve pour Charles. Cependant, toujours Pauline se refusera à cet homme qui l'aime d'un amour absolu et tendre. Et malgré les relations difficiles qu'elle éprouve avec Agathe la fille ainée de Charles, Pauline, finalement, y trouvera son compte. Mais la guerre et ses bouleversements vont tout chambouler dans ce bel ordre fragile.

Je ne pourrai comparer Noces bourgeoises à un portrait de femme car en réalité, c'est plus d'une famille en son ensemble qu'il s'agit que d'un être en particulier. Roger Béteille réussit notamment à décrire les bouleversements économiques de cette France encore très rurale et pas encore rattrapée par la modernité. La transformation de l'Incomparable en grand magasin parisien, le développement des premiers camions de vente directe, les techniques de vente d'Hugues de Roffiac... sont autant de nouvelles techniques commerciales qui assurent le succès aux Labarthe mais aussi de nombreuses jalousies...

Un récit subtil même si je regretterai que les passages sur l'Occupation n'aient pas été plus développés. Néanmoins, Noces bourgeoises n'en demeure pas moins un roman d'une grande justesse avec des personnages particulièrement bien campés.

Ma note : 3,25/5
(Éditions Du Rouergue, 335 pages)

lundi 2 mai 2011

L'invitation à la valse - Rosamond Lehmann

Filles d'une famille désargentée de la campagne anglaise, les deux sœurs Curtis sont invitées à leur premier bal chez les Spencer. Impatience, excitation, rêves et soifs de rencontre sont les mots qui caractérisent les jours qui précèdent ce grand soir tant attendu qui arrive enfin et avec lui, toutes ses désillusions...

Lorsque j'avais seize ans, j'avais lu avec ravissement Poussière de Rosamond Lehmann. Il faut dire que pour la jeune fille romantique que j'étais alors, ce roman était tout à fait indiqué, et j'avais été éblouie par le talent littéraire de cet écrivain complètement tombé dans l'oubli de nos jours. Dix ans se sont passés et c'était un peu avec appréhension que je débutais cette lecture de L'invitation à la valse, roman déniché complètement par hasard dans une brocante. N'allais-je pas trouver ce récit dépassé et à contre-courant de mes aspirations d'aujourd'hui?

Quelle erreur de penser ceci! Car la magie opéra de nouveau et ceci, dès les premières pages lues. Quel plaisir de lire un récit d'une telle délicatesse et où les tourments et aspirations de ces deux sœurs ne peuvent que toucher la femme que je suis! C'est avec une immense empathie que j'ai suivi les préparatifs puis le bal en lui-même au cours duquel Kate et Olivia verront leur univers chamboulé et ce, de manière irréversible.

Olivia, qui vient juste d'avoir dix-sept ans, est une jeune fille romantique et rêveuse. Mais pas seulement. Car elle ne ressemble en rien aux jeunes écervelées qui ne cherchent durant la soirée qu'à danser avec le plus possible d'hommes et à pouffer et critiquer les invités derrière leurs carnets de bal. Olivia, elle, y découvrira la Vie, avec ses joies et ses peines, ses tourments et ses surprises. Timide, peu sure d'elle, Olivia, si elle aime faire attention d'elle, n'est pas non plus obsédée par son apparence ni par l'impression qu'elle peut donner aux autres. Presque femme, encore adolescente, Olivia voit sa sœur ainée Kate prendre son envol avec brio lors de ce bal et accéder avec succès aux plus hautes sphères de la société tandis qu'elle, reste en retrait. Dans un retrait peu flatteur.

La première partie du récit se déroule peu avant le bal et nous décrit tous les protagonistes, en ce jour particulier que sont les dix-sept ans d'Olivia. La courte deuxième partie consiste en la description des préparatifs des deux sœurs pour ce bal tant attendu avec les premiers doutes d'Olivia (la robe rouge sur laquelle tant d'espoirs avaient été placés est en réalité ratée, le jeune Kernshaw qui les accompagne au bal annonce son attention de devenir prêtre et Olivia, désemparée, frémit à l'idée de faire tapisserie durant le bal). Enfin, la troisième partie est le bal en lui-même et c'est de loin la partie la plus intéressante. Les deux sœurs sont ainsi rapidement séparées et Kate rencontre et se lie avec un fils de bonne famille. Olivia, quant à elle, ira de rencontres en rencontres toutes plus surprenantes les unes que les autres : un jeune poète maudit; Archie, son amour d'enfance, qui se révèle être saoul et oublie la danse qu'il lui avait promise; un vieil homme libidineux qui la serre de près; un homme aveugle pauvre; Rollo, le fils de ses hôtes, lui, un vrai gentleman... Le bal, évidemment, ne se passe pas du tout comme prévu pour Olivia, qui voit son carnet de bal rester désespérément vide, et est par instant moquée par ses connaissances. Mais malgré tout, ce bal changera complètement la jeune fille qui en sortira grandie.

Ce récit, qui n'a pas pris une ride, se révèle être une fine description psychologiques des personnages qui, de près ou de loin, nous ressemblent terriblement. Un roman initiatique superbe, faisant penser à des auteurs comme Katherine Mansfield ou Pearl Buck. Magnifique!

Ma note : 5/5
(10/18, 251 pages)

Livre du mois de mai

samedi 30 avril 2011

Même le silence a une fin - Ingrid Betancourt

Presque trois ans après sa libération, Ingrid Betancourt revient sa prise d’otage, sûrement l’une des plus spectaculaires de ces dernières années.

Pendant un an et demi, c’est en français qu’Ingrid Bétancourt raconta son enfermement pendant six ans et demis dans la jungle colombienne. Six ans et demi au sein de l’enfer, un enfer fait de multiples tentatives d'évasion, de dizaines de camps, de centaines de geôliers, de milliers de kilomètres parcourus à pied, en barque, à dos d'homme, en voiture. Le récit est stupéfiant, à vrai dire on se croirait nous aussi au fin fond de cette jungle colombienne, coupée du monde et du reste des hommes. Des journées sans fin s’écoulent, rythmée par quotidien sinistre entre sa cabane, son hamac et les conditions effroyables de sa détention.

Mais pire que les conditions physiques, ce sont les conditions humaines les plus terribles. Car dans cette promiscuité, les sentiments se déchaînent entre haine, jalousie, envie entre prisonniers. Sans oublier leurs geôliers qui poussent les êtres les uns contre les autres. Seuls la broderie, la Bible, dictionnaire encyclopédique Larousse, son chapelet, la voix de sa mère écoutée toutes les nuits sur une radio de fortune, et l'amitié de quelques co-détenus l’aident à tenir.

C’est avec stupeur que l’on finit ce récit, estomaqué, bouleversé, ébahi face à ce déluge de mots et de sentiments. Un témoignage bouleversant et unique, un récit extraordinaire sur cette descente aux enfers impressionnante.

Ma note : 4/5
Gallimard, 689 pages

Sélection du mois de mars

mercredi 27 avril 2011

Haine - Anne Holt

Haine : un tel titre pour un roman policier pourrait faire frémir voire faire redouter le pire… Et bien pourtant, il n’en a été rien et ce fut au contraire avec un plaisir plutôt surprenant qu’il m’a été donné de lire ce nouveau roman policier venu de Scandinavie mais de Norvège cette fois-ci.

Comme souvent dans les polars scandinaves, l’enquête policière n’est que le prétexte pour décortiquer en profondeur la société actuelle. Critique d’un modèle, de ce mode de vie souvent mis en avant et encensé de tous, Haine c’est aussi et surtout la remise en question des différences entre les hommes, qui peuvent entraîner les êtres jusqu’à la haine…

C’est la première fois que je lis un roman de Anne Holt et j’ai donc plutôt bien aimé. J’ai même trouvé ce récit différent de tous ceux qui m’avait été donné de lire. J’ai trouvé les personnages attachants, le rythme soutenu et régulier. Un bon roman policier, qui change de tous ceux qui m’avaient été donné de lire à ce jour.

Ma note : 3/5
Le Rocher Éditions, 576 pages


Sélection du mois de mars

samedi 16 avril 2011

Resurrection Row - Anne Perry

Le cadavre de Lord Augustus, enterré depuis plus de trois semaines, est retrouvé un soir à la place du cocher sur un cab. Qui a bien pu vouloir le déterrer et pourquoi? Chargé de l'enquête dans le très chic quartier de Gadstone Park, Thomas Pitt se perd en conjectures. Jusqu'à ce ce qu'un second cadavre puis un troisième soient également retrouvés dans les rues de Londres...

Quatrième enquête du couple victorien Thomas et Charlotte Pitt et ce fut avec le même entrain que j'ai suivi cette nouvelle histoire. Comme toujours, Anne Perry nous emmène dans les cercles fortunés de la bonne société anglaise de l'époque qui n'est pas exempte de tout reproche, loin s'en faut. Plus étonnant, Mme Perry nous décrit cette fois-ci les conditions épouvantables dans lesquelles vivaient les populations indigentes et pauvres du Londres de la fin du XIXème siècle. Ainsi, s'élevant contre les conditions déplorables dans lesquelles subsistaient de nombreuses familles démunies, des personnalités fortunées décident de faire passer un projet de loi en faveur de la fermeture des hospices dans lesquelles étaient littéralement parquées dans des conditions innommables de nombreuses personnes. Autant dire que l'on est bien loin des thés dansants, soieries et autres luxes des sociétés de Gadstone Park! Mais parfois, les apparences sont trompeuses et c'est ce que l'inspecteur Pitt va découvrir...

Une enquête intéressante et au dénouement inattendu. Une série policière qui tient décidément toutes ses promesses!

Ma note : 3,75/5
(10/18, 313 pages)

Livre du mois d'avril

dimanche 10 avril 2011

Charly 9 - Jean Teulé

Charles IX fut roi de France de 1560 à 1574, année où il mourut à l'âge de vingt-trois ans. Ce jeune roi n'a guère laissé son empreinte dans l'histoire de France, dans ce seizième siècle alors en pleine proie aux terribles guerres de religions entre catholiques et protestants. Et pourtant, s'il y a bien quelque chose à retenir de son règne, c'est bien la date du 2 août 1572, jour funeste du massacre de la Saint Barthélemy...

Investigateur du massacre Charles IX? Les historiens sont partagés et nombreux sont ceux à plus accuser sa mère Catherine de Médicis de manigances et manœuvres politiques en coulisses afin de se débarrasser des nobles protestants qui commençaient à avoir trop la main sur son fils et qui donc, menaçaient son influence... C'est un peu également le parti pris de Jean Teulé qui décrit ici un jeune roi de vingt-deux ans au moment des faits, bien trop frêle pour supporter la charge royale énorme qui pèse sur ses épaules. Et c'est bien plus pour faire plaisir à sa mamma que le jeune roi, excédé et à bout, ordonna ce massacre qui choquera l'Europe toute entière de par sa grandeur (trois mille morts estimés à Paris, entre cinq mille à dix mille dans tout le reste de la France).

Plus que le déroulement de ce jour funeste, Jean Teulé s'attache à la personnalité de ce roi, qui, par la suite épouvanté par l'ampleur de la tragédie ordonnée en son nom, sombra peu à peu dans une folie douce amère. Voyant en songes ses victimes, ayant l'impression d'être toujours couvert de sang, Charly 9 comme l'affuble avec ironie Jean Teulé, se tourne avec déraison vers les chasses aussi bien en forets qu'au sein même du château du Louvre où il tue sans discernement toutes les bêtes qu'il trouve comme pour étancher une soif de mort quasi inextinguible. Et au milieu d'une cour où il n'est plus qu'une marionnette ballottée au gré des envies de sa mère et de son jeune frère qui rêve de prendre le pouvoir, Charly 9 étouffe face aux subtilités des courtisans qui l'entourent. Les ennuis s'accumulent (siège de la Rochelle par les Huguenots, caisses de l'État vides, peuple mourant de faim) et Charly 9, désemparé, accumule gaffe sur gaffe, jusqu'à tomber malade et mourir seul et détesté de tous.

Évidemment, Jean Teulé prend beaucoup de libertés par rapport à l'Histoire même si de nombreux faits sont véridiques : oui sa femme, la reine Elisabeth d'Autriche ne parlait pas un mot de français et il fallait qu'une traductrice soit toujours là pour permettre les échanges entre les deux époux. Oui, ce fut bien Charles IX qui instaura le nouvel an le 1er janvier et non plus le 1er avril ce que détestèrent de nombreux paysans. Oui, le Pape fit bien graver une médaille commémorative de la Saint Barthélemy et demanda des fresques au Vatican (que l'on peut voir encore de nos jours). Et oui, son jeune frère devint bien roi pour un temps de Pologne avant de revenir en catimini en France à la mort de Charles IX.

Le plus déstabilisant en vérité est que l'auteur mélange allégrement le style littéraire du seizième siècle et du vingt et une nième siècle. De même, si le début est plutôt plein d'humour (noir!), la suite a, je trouve, trainé un peu en longueur, avec de nombreuses pages traitant de la folie montante du roi et de ses nombreuses frasques (chasses aux lapins et cerfs au Louvre, fabrication de fausse monnaie pour renflouer les caisses de l'État, visites à sa maitresse...). C'est presque avec écœurement que l'on suit ses différentes péripéties faites de sang et autres morts et on est presque soulagé quand ce pauvre Charly meurt enfin. Même si son enterrement ne fut lui-même pas de tout repos!

En conclusion, c'est presque de la pitié que l'on ressent pour ce pauvre roi déchu que Jean Teulé parvient à nous rendre sympathique malgré ses crimes. Victime innocente lui aussi des magouilles politiques de sa mère? Homme dépassé par les évènements et notamment par le poids de sa charge? Seules l'Histoire et la postérité jugeront. Néanmoins, c'est plus de la décadence d'une famille (les Valois), d'une classe (la noblesse, déjà, deux siècles avant la Révolution) et d'une époque dont il est en réalité question.

Pauvre Charly!

Ma note : 3,5/5
(Julliard, 232 pages)